FIFA
jeudi 02 juillet 2026, 17:30

Nancy Tituaña Morales, « héroïne de l’ombre » de la Coupe du Monde de la FIFA 2026™ à New York – New Jersey

  • La quadragénaire est devenue la première volontaire officielle de la compétition, malgré la perte d’une jambe il y a quelques années dans un grave accident

  • Cette New-Yorkaise d’origine équatorienne, qui apporte son soutien à l’équipe en charge des accréditations, s’est inscrite au programme des volontaires de la FIFA sur la recommandation d’une amie

  • Celle qui a grandi en jouant au football a été désignée « héroïne de l’ombre » de la FIFA pour New York – New Jersey et a eu la surprise de recevoir un message vidéo personnel de Moisés Caicedo ainsi que de se voir offrir une place pour le match Équateur – Allemagne

Pour la plupart des 50 000 volontaires de la Coupe du Monde de la FIFA 2026™, participer au plus grand spectacle sur terre est une expérience inoubliable. Mais pour Nancy Tituaña Morales, la première volontaire à s’être vu proposer un poste parmi plus d’un million de candidats et candidates, cela représente bien plus encore.

Aider la FIFA à organiser la compétition au bénéfice de millions de fans au Canada, aux États-Unis et au Mexique, ainsi que des milliards d’autres à travers la planète, marque l’aboutissement d’un parcours marqué par la détermination, débuté dans la tragédie et la souffrance pour se transformer en bonheur et en espoir.

Née en Équateur, Tituaña s’est prise de passion pour le ballon rond dès son plus jeune âge et a grandi en jouant au football. Le sport lui a permis de tisser des liens solides avec son défunt père, avec qui elle allait voir jouer les clubs locaux, la LDU Quito et le Deportivo Cuenca, ainsi que l’équipe nationale équatorienne.

« J’allais au stade pour regarder les équipes de mon pays, l’équipe de mon père », raconte-t-elle ainsi. « Je me souviens quand on s’est qualifié pour notre première Coupe du Monde, en 2001. C’était complètement fou, et une belle période avec mon papa. »

Tituaña a suivi une formation d’infirmière en Équateur, puis s’est installée aux États-Unis, où elle a dû repartir de zéro. Pendant la pandémie de Covid-19, elle s’est lancée dans le bénévolat au sein d’un programme alimentaire communautaire avant de contribuer, avec des amis, à la création de sa propre association à but non lucratif, Brigada de Esperanza NYC. L’association vient désormais en aide chaque semaine à des centaines de familles dans toute la ville de New York.

Mais le 24 juin 2020, alors qu’elle livrait à manger à une famille touchée par le Covid-19 dans le Queens, la vie de Morales a basculé à jamais.

« Je me rappelle que quand j’ai ouvert le coffre de ma voiture, quelqu’un qui était complètement ivre m’est rentré dedans », explique-t-elle. « Je me suis retrouvée coincée entre les deux voitures. Après ça, je ne me souviens plus de rien.

Uniquement de m’être réveillée au bout de 15 jours. J’étais seulement capable de bouger les yeux. J’étais reliée à plusieurs machines autour de moi. À ce moment-là, je ne pouvais bouger aucune partie de mon corps. Et puis petit à petit, on a débranché les machines. Cinq jours après m’être réveillée, donc 19 ou 20 jours après l’accident, j’arrivais à parler un peu. Ces jours-là ont été très difficiles à cause de la douleur. C’était inimaginable. »

« Un mois plus tard, j’ai de nouveau été plongée dans le coma pendant une semaine. Quand je me suis réveillée, le médecin m’a dit : ‘Vous devez choisir, la vie ou la jambe’. J’ai répondu que je voulais vivre. On m’a amputé la jambe gauche et j’ai beaucoup souffert. Je ne pouvais plus bouger à cause de la douleur. J’avais perdu ma jambe gauche. Puis je me suis dit que les jambes étaient bien sûr importantes, mais que Dieu m’offrait une nouvelle chance. »

Ecuador v Germany: Group E - FIFA World Cup 2026

On lui alors a posé une prothèse qui, comme elle le dit en plaisantant, fait d’elle une « femme bionique », mais le processus de rééducation a été long. Elle a passé un an à l’hôpital, puis plusieurs mois à réapprendre à se déplacer, d’abord en fauteuil roulant, puis avec des béquilles, et aujourd’hui avec une canne. Cela ne l’empêche pas de nourrir des objectifs plus ambitieux.

« Je pense que, plus tard, je recommencerai à jouer au football », clame-t-elle. Je veux rejouer, ça me manque. »

Elle espère tout d’abord pouvoir marcher sans aide d’ici un an et, à plus long terme, courir un jour le marathon de New York. La convalescence a été difficile, tant sur le plan physique qu’émotionnel, et pendant un certain temps, le simple fait de penser au football lui était douloureux.

« Après mon accident, je ne pouvais même plus regarder un ballon sans fondre en larmes », se souvient-elle. « Je croyais que cette partie de moi avait disparu pour toujours. »

Malgré ce coup du sort, Nancy n’a jamais cessé le bénévolat. Elle continue à soutenir la Brigada de Esperanza et apporte également son aide au centre local d’immigration, tout en suivant des études de justice pénale à l’université – un changement d’orientation après avoir décidé que son avenir résidait dans l’aide à autrui plutôt que dans le monde des affaires. C’est Carol, une amie proche elle-même volontaire de la FIFA, qui l’a encouragée à postuler pour la Coupe du Monde 2026. « Je n’ai pas eu besoin d’y réfléchir à deux fois », confie Tituaña.

Entamer les démarches pour rejoindre l’équipe de volontaires de la compétition lui a permis d’enfin renouer avec son sport fétiche. Le ballon Trionda qui lui a été remis lors de son entretien l’a même émue aux larmes.

« Pour la première fois depuis des années, j’avais de nouveau un ballon de foot entre les mains. C’était un moment incroyable pour moi, un mélange de joie, de nostalgie et de gratitude. Ça m’a fait prendre conscience que les rêves peuvent s’estomper, mais qu’ils ne disparaissent jamais vraiment », poursuit l’intéressée.

Dans la foulée du processus de sélection, Nancy a finalement été nommée la toute première volontaire officielle de la Coupe du Monde 2026. Plus d’un million de personnes ont postulé, et pour Tituaña, avoir été sélectionnée relève tout simplement du destin.

D’autant que la FIFA lui réservait encore une surprise : lors d’un entretien de suivi, qui s’est trouvé avoir lieu le jour de son anniversaire, Tituaña a été officiellement désignée « héroïne de l’ombre » de la FIFA pour New York – New Jersey. Tellement stressée à l’idée d’être filmée et de devoir assurer une mission de volontariat plus tard dans la journée, elle avait elle-même oublié la date, jusqu’à ce qu’on lui apporte un gâteau et une réplique du trophée.

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Et ce n’est pas tout, puisqu’elle a également reçu un message vidéo personnel de la part de son joueur préféré du moment, le milieu de terrain équatorien Moisés Caicedo, qui lui souhaitait la bienvenue à la compétition et l’invitait à assister au match de l’Équateur contre l’Allemagne pour le compte du groupe E.

Lors de cette rencontre, qui s’est déroulée au Stade de New York – New Jersey, elle était accompagnée dans les tribunes par une amie, également volontaire de la FIFA, ainsi que par son neveu, pour qui c’était aussi le jour de la remise du diplôme. Pour couronner le tout, l’Équateur s’est imposé 2-1 et s’est qualifié pour les seizièmes de finale.

Après le coup de sifflet final, une dernière surprise attendait Nancy. On l’a conduite sur le terrain, où elle a pu regarder les joueurs emprunter le tunnel avant d’en rencontrer trois à la sortie des vestiaires. Caicedo a ainsi pris le temps de discuter avec elle, avant de signer sa prothèse – un souvenir indélébile d’un parcours qui a mené Tituaña d’une unité de soins intensifs dans le Queens à un rôle de première volontaire de la Coupe du Monde 2026.

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La compétition est une source de joie et d’émotion pour des millions de supporters passionnés à travers le monde, mais pour Tituaña, la signification est plus profonde encore.

« La Coupe du Monde représente tout pour moi », conclut-elle ainsi. « J’ai passé toutes les étapes avec la FIFA. Ça signifie tellement. »

L’ensemble des volontaires méritent d’être reconnus à leur juste valeur – et le seront tout au long de la compétition –, mais certaines et certains d’entre eux se distinguent par leur parcours hors du commun. Si le projet des héros de l’ombre de la Coupe du Monde 2026 a vu le jour, c’est justement pour saluer ces personnes dont le courage, l’altruisme et la détermination exceptionnels sont pour d’autres une source d’inspiration. Vive les héros de l’ombre !